Citoyenne libre, et engagée, car: "Nous sommes collectivement responsables de ce que nous laissons faire".
L'entretien vidéo du 9 février est ici, à partir de la minute 1.24.
http://money.cnn.com/2015/02/09/news/world/greek-finance-minister-reform/
(Ma) traduction de l'interview.
Vous avez entendu qu’ils parlent fermement et vous êtes aussi déterminé à tenir bon. La BCE dit qu’elle n’acceptera plus les titres de l’état grec comme garanties pour de nouveaux prêts … Cela ne réduit-il pas un énorme canal de financement de l’état grec , qui s’ajoute au rejet du plan d’aide qui est une autre source de revenus énorme?
Séparons les deux problèmes. La BCE a remplacé une forme de refinancement par une autre. C’est quelque chose qui s’est déjà produit auparavant sans répercussions majeures. Personnellement je pense que ce geste était trop prématuré mais quoi qu’il en soit ce n’est pas tellement significatif.
Deuxièmement la question du plan d’aide. Ce gouvernement ,Christiane, a été élu pour remettre en cause la logique même des plans d’aide qui ont commencé en 2010.
Ce qui s’est passé en 2010 est que l’état grec est devenu insolvable. Et les Grands d’Europe, dans leur grande et infinie sagesse, ont décidé de traiter ce problème d’insolvabilité comme si c’était un problème de liquidités. Alors ils ont déversé le plus grand prêt de l’histoire sur les épaules les plus fragiles d’Europe à condition que nous réduisions notre revenu de quasiment ¼.
(…) En fait un enfant de 10 ans pourrait vous dire que cela ne peut pas bien finir. Donc ce n’est pas que nous refusions quoi que ce soit, nous ne jouons pas les gros durs, du moins en ce qui nous concerne. Tout ce que nous voulons c’est avoir une discussion rationnelle, pour que cette stratégie d’énormes prêts à des insolvables à condition de réduire toujours davantage leur revenu disponible cesse, parce que cela n’a de sens pour personne.
Laissez-moi reprendre votre métaphore : vous avez parlé d’un enfant de 10 ans avec de vagues connaissances en maths, mais je dois vous poser des questions mathématiques car vous venez de parler de baisses de revenus colossales (évoquées plus haut ), plus l’augmentation du salaire minimum, plus l’idée de réembaucher toutes sortes de fonctionnaires : les chiffres ne collent pas. Vous n’avez pas expliqué comment vous allez combler les manques, comment allez-vous faire ?
D’accord, reprenons à partir de certains mythes qui vous sont certainement parvenus à travers un prisme déformant.
Prenez la question, le problème de réembaucher. Ce que nous nous sommes engagés à faire, Christiane, soyons clairs, est de réembaucher au cours de l’année à venir 1% , juste un tout petit 1% de ceux qui ont perdu leur emplois , des centaines de milliers qui ont perdu leur emploi au cours de ces 5 dernières années, et ces personnes que nous allons réembaucher sont des gardiens d’écoles , et des gens qui ont été renvoyés par des moyens légaux très suspects. Ceci ne vaut même pas la peine qu’on en discute, 1% seulement des pertes d’emplois vont être restituées.
Quant à la question de savoir d’où nous allons sortir l’argent…Ecoutez, au cours des 5 dernières années, à cause de l’aspect inapplicable de ce programme illogique qui lui est imposé, la Grèce s’est retrouvée dans le flou le plus complet à cause des différents accords avec nos créanciers. A divers moments, laissez-moi vous donner l’exemple de 2012, (avant il y a eu 2011), il y a eu cette impasse entre les autorités grecques et nos créanciers et à chaque fois on trouvait une formule pour se donner quelques mois et parvenir à un accord . Ce que ce gouvernement est entrain de faire, c’est quelque chose qui n’a jamais été tenté auparavant : vous savez nous étions comme des drogués et nous ne pensions qu’ à la dose suivante, le nouvelle tranche de prêt… Nous ne voulons pas de la prochaine dose, nous nous fichons du prochain prêt alors que notre dette n’est pas tenable, nous nous voulons simplement nous débarrasser de l’addiction.
Très bien mais comment allez-vous obtenir de meilleures conditions pour votre guérison pour poursuivre votre métaphore ? Les gens disent que jamais la Grèce n’a bénéficié de conditions aussi avantageuses et aujourd’hui à Washington Angela Merkel a dit ceci : « Je pense que ce qui compte est ce que la Grèce va mettre sur la table, j’attends que la Grèce vienne avec des propositions viables et nous en parlerons. » Qu’avez-vous à proposer de viable ?
Je ne pense pas qu’on ait le temps de détailler les propositions que nous allons faire mercredi mais je suis très content que la chancelière nous ait invités à le faire parce que la seule chose qui nous préoccupe , tout ce que nous demandons, de nos partenaires européens , Christiane, est d’avoir l’opportunité de mettre nos propositions sur la table. C’est de se voir octroyer un moment , quelques semaines, rien de plus, durant lesquelles nous pouvons réfléchir avec eux mais plus précisément, laissez-moi dire cela : notre gouvernement n’a qu’un seul but ,qui est de réformer la Grèce en profondeur , de façon à ce que nous ne nous retrouvions jamais plus dans la situation que nous avons connue en 2009 et 2010. Mais nous ne pouvons pas faire cela tant que nous sommes prisonniers du piège déflationnaire de la dette. Rappelez-vous que la Grèce a une dette de 175% de son PIB et au même moment nous avons un système bancaire brisé qui ne fonctionne pas comme mécanisme de crédit, nous avons un taux d’investissement négatif et nous avons l’engagement pris par les gouvernements précédents (qui fait partie de notre plan de sauvetage) d’avoir un excédent budgétaire primaire de 5% par an …C’est comme essayer d’extraire plus de lait d’une vache malade en la fouettant ! Vous allez la tuer, pas en obtenir davantage de lait !
Alors pour que nous puissions rembourser nos dettes et retrouver de la croissance nous avons besoin de respirer fiscalement, nous avons besoin d’un excédent primaire, nous nous sommes engagés à avoir un budget à l’équilibre et un excédent budgétaire primaire de 1.5%.
Les gens veulent savoir comment vous allez devenir plus compétitifs : vous parlez d’augmenter le salaire minimum (d’un petit pourcentage je sais mais sur un très grand nombre de gens), mais je veux juste vous poser la question d’un départ de la zone euro. Vous avez dit que cela causerait un désastre pour l’ensemble de la zone, d’autres pays semblent intégrer cette éventualité…
Ma question est : ne craignez-vous pas une panique en Grèce, que les gens essaient de prendre les banques d’assaut ,allez-vous leur interdire de sortir leur argent ? Qu’allez-vous faire pour empêcher une panique et votre situation économique d’empirer si vous quittez la zone euro ?
Nous n’allons pas quitter la zone euro. Le Grekxit (sortie de la Grèce de la zone euro) n’est absolument pas ce que nous avons en tête. Nous nous considérons comme faisant partie de la zone euro. Quelles que soient les critiques que nous pouvons formuler à l’égard de la zone euro , une fois que vous en faites partie vous devez en être solidaire. M. Draghi en novembre à Helsinki a résumé la question en ces termes brillants: « Pour que l’euro réussisse quelque part, elle doit réussir partout! » Et ceux qui jouent avec l’idée de mettre en danger la Grèce ou d’amputer l’euro zone de la Grèce sont extrêmement imprudents parce que c’est une expérience qui n’a jamais eu lieu avant. Ceux qui pensent qu’ils peuvent l’amputer de la Grèce et garder intacte la zone euro n’ont aucune preuve que cela puisse marcher. Cela n’a jamais été essayé et nous ne devrions pas jouer avec la vie des gens dans le but d’opérer une fragmentation graduelle de la zone euro, parce que les forces centrifuges épouvantables que cela libèrera peuvent tout à fait déchirer toute l’Europe. Et la dernière chose dont ont besoin l’économie mondiale, (…) l’économie chinoise, est ce type de turbulences en provenance de la zone euro au moment où tout le monde a des difficultés à se remettre de la débâcle de 2008 .